Vice-président de la FADOM, le préfet Léon Saint-Prix réagit ci-dessous, suite aux réactions suscitées par les propos tenus par le président de la République en déplacement en Martinique et en
Guadeloupe, les 25 et 26 juin 2009.
En Martinique, le chef de l'Etat est d'accord pour consulter la population sur l'évolution institutionnelle que souhaitent les élus. En Guadeloupe, la question ne se pose pas puisque le congrès des
conseillers régionaux et départementaux ont gelé tous les débats sur ce thème pour une durée de 18 mois.
La Voie de la sagesse
Le problème est partout. Dans l’urgence où nous sommes, la réponse est à l’action et non dans le verbe ; tombés dans la baille il faut nager. Mais vous avez raison : le pronostic ne peut
être que pessimiste. Tout se tient et rien n’a changé depuis 2001, si ne n’est que la pression née des contradictions est montée ; les yeux sont décillés, sans qu’une prise de conscience soit
mieux assurée. Entre temps, l’incendie a gagné au mauvais moment. Il y a plus grave : nous avons travaillé ensemble au mois de novembre 2008, pour répondre à la demande des personnalités de la
République Dominicaine et de Haïti, au sujet de la famine qui règne sur la grande île Saint-Domingue : par endroit, la misère est effroyable. Un appel à l’aide a été lancé à la France et à
l’Union Européenne, dans la perspective de la catastrophe attendue pour 2012, lorsque s’achèvera le programme de mécanisation de la culture de la canne à sucre en République Dominicaine.
1 700 000 haïtiens travaillent à cette activité. N’ayant plus rien pour subsister ils iront ailleurs, dans la Caraïbe, en Amérique, en Europe, et plus particulièrement en Guadeloupe et en
Martinique. Loin d’être préparés à cette échéance inévitable, nous n’arrivons même pas à affronter nos propres réalités. La sonnette du facteur Ce qui doit arriver arrive rappelait Jacques Rueff.
J’avais écrit dans un autre contexte que « la France attend le facteur ». Une masse de gaz s’est répandue ; le facteur a appuyé sur le bouton de la sonnette ; une étincelle
s’est produite ; elle a enflammé le gaz, qui a provoqué l’explosion. La grève des stations-service de la Guadeloupe n’est pas la cause de la crise, mais seulement le facteur déclanchant,
l’étincelle. D’ailleurs elle a été précédée en novembre, d’une manifestation à la Réunion contre la vie chère. Tous les éléments étaient en place, consécutifs à la coexistence d’un passé recomposé,
de problèmes non réglés, d’évolutions contrariées, de mensonges entretenus, pour jouer de manière agoniste dans ce tremblement de terre qui remodèle le paysage. Barack Obama lui-même y est pour
quelque chose, pour avoir accompli l’impossible. Par lui, la foudre a frappé et l’éclair a illuminé les esprits ; Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau et quelques autres, y sont allés de leur
couplet qui nous conduit à regarder l’état de nos pieds. Pour l’appréhension des évènements, il convient donc de reprendre le fil interrompu du colloque de 2001, où toute la problématique en jeu
avait été abordée, les dérives dénoncés, ainsi que les risques annoncés des fractures qui se manifestent aujourd’hui sous nos yeux. Le plus surprenant en l’affaire est la surprise de ceux qui ne
veulent pas voir par égoïsme, mais qui s’agitent à la poursuite de leurs propres illusions phantasmatiques. Au premier chef, il faut retomber sur le plancher des vaches pour retrouver notre propre
réalité, avec la volonté lucide de cerner nos forces et nos faiblesses, en vue d’établir un diagnostique, dans l’espoir de dégager des pistes d’action pour guérir le présent et construire avenir.
La dimension humaine Il y a d’abord en l’affaire une dimension anthropologique. Le créole est né de la traite négrière qui a drainé des gosses vendus d’un espace africain de 5000 Kms de long, sur
1000 Kms de large. Ils étaient issus d’une foultitude d’ethnies, de tribus, de communautés, inégales et superposées, déchirées et opposées entre elles, autour d’autant de dialectes et de signes
identitaires. Une fois déportés, la logique de la colonie interdisait l’émergence d’une conscience collective qui ferait danger. Il fallait disperser ce qui était ressemblant, les hommes les femmes
les enfants. De telle sorte qu’il n’y a pas eu de société constituée, mais des individus solitaires, malaxés pour être réduits à l’état d’objets marchands, à raison de leur utilité. Plus que les
autres, le créole est un individu unique, égocentrique par construction. Ce n’est que au fil des générations qu’est apparu un lien social qui s’est renforcé à mesure du développement, qui a amené
la richesse et la complexité. L’Eglise lui a donné une empreinte chrétienne qui a marqué sa vision du monde ; tandis que l’éducation, par la diffusion des savoirs, a fini par renverser les
barrières, surtout depuis l’Abolition de 1848. Pour accéder à la dignité de la citoyenneté, il ne restait plus que l’école, instrument cultivé jusqu’à la sacralisation. Dans ces conditions
l’émergence de la créolité, n’a pu se produire que dans la mouvance du peuple dominant, par la soumission à ses règles ; puis par l’apprentissage de la langue, de la culture, mais aussi la
reproduction des mœurs, des paradigmes et des postures, comme des rites en vigueur dans cet environnement. Pour nous, la mazurka, la polka piquée, la valse créole, en sont autant de témoignages que
les ancêtres gaulois, sans contredire la biguine et le gros ka qui véhiculaient, non le rythme asymétrique des africains, mais la symétrie cadencée du geste ordonné de l’esclave au travail dans la
plantation. La personnalité créole est construite par l’adaptation au milieu hostile, qui exigeait l’intégration des références dominantes, au carrefour de toutes les influences, pour l’invention
d’une conscience originale mais nécessaire à la survie. La personne de l’enfant s’intègre à une géographie, pour épouser une histoire qui dessinera son identité adulte. C’est pourquoi les créoles
concentrent tous les traits du peuple dominant, dans une expression « plus vrai que vrai, » par l’amplification des singularités visibles. « Si tu veux comprendre le français,
regardes l’antillais. » Toussaint Louverture a doté Saint-Domingue d’une Constitution inspirée de celle de la Première République ; elle a déclaré Saint Domingue membre de l’Empire, avant
que le grand nègre à talent n’aille mourir au fort de Joux. Delgrès a fait la guerre aux chouans en Vendée, avant de se faire sauter avec ses compagnons dans le fort assiégé de la Guadeloupe, en
refus du retour à la servitude. Mortenol a fait la guerre à Madagascar, avant d’organiser la victoire de la Marne. Elysée est mort en déportation après avoir été élu Maire de Sablé. Que dire de
Eboué qui a tenté d’unifier quelques populations d’Afrique, pour les inviter à la cohabitation paisible, dans l’espoir de leur ouvrir les portes de la modernité. Plus tard en donnant le Tchad à la
France Libre, il a installé son pays dans le camp de la victoire, par un combat contre la majorité des français, courbés dans la soumission. Que dire de Monnerville qui a été 23 ans Président du
Sénat, qui s’est opposé à De Gaulle pour la défense de la République qu’il s’était engagé à servir. Que dire de Césaire qui a voulu être le meilleur de ce que les français ont de meilleur : la
langue, la culture, l’humanisme élargi à l’universel. Plus tard, des philistins n’y ont vu que l’exotisme, la différence et la diversité…. !
A l’opposé des créoles continentaux, les antillais sont des insulaires : dans leur île minuscule, sur 360 degré la mer les entoure dans un univers indifférencié que seul le regard subjectif
vient ordonner. L’individu structure son espace autour de sa personne. Ici, il y a les autres moi-même ; derrière l’horizon se cache au Nord, l’Amérique ; à l’Est il y a l’Europe et la
France dont je partage le destin dans ma chair ; à l’Ouest, il y a la Chine incompréhensible, au Sud le Brésil, le pays frère si proche et si différent….Moi, je suis le centre avec mon nombril
affronté aux contraintes du présent, comme avant ; je tricote de mon mieux pour survivre en évacuant la tension qui me ronge. La menace est au large, dans l’inconnu de la nouveauté. A la
différence des pascuans, le créole ne rêve pas dans l’espace. Il se projette dans le temps, dans l’espoir qu’avec l’éducation le fils s’élèvera pour porter l’ambition du père et accomplir le rêve
refoulé. L’antillais n’est pas seulement un métis, encore moins dans l’acception misérable à la mode d’aujourd’hui. Il est schizophrène, véhiculant plusieurs réalités à la fois, toujours lui-même
et toujours un autre. C’est un personnage à facettes multiples, qui possède dans sa boite à outils plus de clés que le commun, ce qui le rend plus adaptable face à l’incertitude du présent. Il a du
nez, ce qui lui donne à l’occasion un coup d’avance. Ainsi, il est trans-murailles dans l’organisation, tout- terrain dans l’action. Les rayons et les ombres Malheureusement, le créole traîne en
lui les défauts de ses qualités. Le passé lui pèse au point qu’il ne fonde pas d’ambition pour lui-même. Toujours sur la défensive, il n’est ni chasseur ni mégalomane ; on le dit susceptible
par la surévaluation du risque de l’incertitude qui préside à sa démarche ordinaire. C’est un timide par construction qui n’ose pas dominer, de peur d’être dominé à son tour. La mémoire le détourne
de l’aventure ; il aime bien les champs labourés, l’abri du mur qui protège du vent. Lorsqu’il parvient à surmonter ces handicaps, il lui arrive de connaître des destins exceptionnels, comme
quelques grands hommes qui ont marqué l’histoire, ou les sportifs, introvertis par définition. L’autre faiblesse de l’antillais vient de cette irrépressible aversion qu’il manifeste envers les
autres soi-même et qui l’empêche de faire équipe. « Cette foule qui ne sait pas faire foule, habile à trouver le point de désencastration, de fuite… » écrivait Césaire. Sur ce point, la
mémoire est à vif : la peur d’être vendu, trahi, toujours par un proche ; la sanction du marronnage appliquée à ceux qui sont restés ; l’acharnement du « géreur »,
l’intendant plus féroce que le maître ; la soif de dignité, qui ne tolère pas la réussite du voisin, injuste nécessairement. Mais elle incite à se distinguer par l’ostentation, la
démonstration d’une réussite qui s’exerce non sur les choses, mais sur les hommes pour réparer la blessure. Nos sommes volontiers fonctionnaires, mais le système économique social et politique ne
nous a pas laissé d’autre solution. Dans ce contexte la sagesse appelle la soumission qui nous ramène aux temps anciens ; elle nous fait créanciers de ce que nous n’avons pas construit.
L’arbitrage ne vient pas de nos propres transactions ; il est attendu d’une décision extérieure, au nom de la justice et de la morale. Sur ce point encore, les antillais sont plus français que
français, enclins à théoriser ses phantasmes pour donner corps à des rêves inaccomplis. Sur le plan politique, les choses se compliquent. L’antillais a traversé le temps dans la quête éperdue de la
liberté, non seulement pour échapper à la servitude, mais pour être un homme comme les autres à ses propres yeux. La ferveur qui a entouré la personne de Césaire est très éclairante sur ce point,
attachée paradoxalement à l’idée de négritude à laquelle il a su donner ses lettres de noblesse : « nègre je suis, nègre je reste, et je vous emmerde, » - sous entendu, « je
suis meilleur que vous dans votre propre registre. Je ne suis pas blanc, mais quel grand homme je suis par rapport à un tocard comme vous. » Certes il y a le doute permanent qui relativise la
posture ; mais il y a la conscience du dépassement nécessaire au prix d’un effort acharné, habillé d’une gentillesse bon enfant qui appelle à la bienveillance et à la fraternité. On est
volontiers tolérant autour de l’émotion partagée. Le ti-punch procède d’un rituel à usage universel qui répond à la prégnance des sociétés philosophiques. Cependant l’affirmation de la liberté en
pétition de dignité individuelle, a fini par occulter l’autre versant de la montagne : celui de la responsabilité qui exprime la dimension sociale des manifestations de la liberté. L’adage
traditionnel qui veut que la liberté de l’un s’arrête où commence la liberté de l’autre, rappelle cette réalité dans la démarche individuelle. Mais il ne rend pas compte de l’exigence cardinale qui
s’attache à la manifestation de la liberté sous le triple aspect du respect de la personne dans son quant à soi ; de l’intérêt de la société qui est supérieur à la somme de ses
composants ; de la continuité des générations dans une dynamique de promotion, afin que l’être collectif porteur de l’identité, continue à préserver ce que nous sommes dans une pétition
d’éternité. C’est le rappel de la Cité des grecs qui est au fondement de la Politique. L’exigence collective l’emporte sur l’intérêt personnel. C’est pourquoi on fait la guerre, on paie l’impôt, on
protège le faible, on élève l’enfant qui prendra la suite de ce que nous sommes. Manifestement, hélas, c’est là où le bât blesse : si nous avons fait le tour de la liberté, nous n’avons pas
fini l’apprentissage de la responsabilité. (– Cette foule qui ne sait pas faire foule……) Le spectacle que nous offrons confirme que nous ne sommes pas doués pour faire œuvre politique, ce qui exige
l’élévation, la lucidité, le courage, l’abnégation et surtout la conscience de l’ensemble avant le sous-ensemble, et avant l’individu : l’homme est un être social de plus en plus dépendant de
la société, à mesure qu’avance le progrès. Tout à un coût, c’est une affaire d’entropie ; il faut choisir, la boule noire, la boule rouge, ou la boule blanche, payer le prix et assumer, au
service de l’intérêt commun et dans la continuité des générations. Le modèle déformé Sur ce point, les créoles n’ont fait que reprendre et amplifier les travers des français qui ont franchi le
temps : on se chamaille, on se divise, chacun pour soi. Des gaulois ont appelé César à l’aide pour casser la figure à des voisins gaulois. Clovis a été appelé à l’aide pour le même motif. La
guerre de 100 ans était affaire anglo, franco, française ; les albigeois, les cathares, les guerres de religion, la Révolution, deux Empires, la Commune de Paris, cinq Républiques, il y a
vingt siècles que cela dure.
Au point que le Général de Gaulle a pu dire que ce peuple n’accomplit de grandes choses que lorsqu’il est uni. Aussi son œuvre toute entière s’est-elle inscrite dans une démarche d’unité. Il était
hostile à l’aventure coloniale qui dispersait les objectifs et gaspillait les efforts. Faute d’une intégration possible, elle contredisait l’exigence d’unité. Il a accepté la départementalisation
des anciennes colonies demandée par Césaire, pour tourner la page de l’Histoire. Mais en 1960, lorsque Césaire lui a demandé l’aménagement du statut départemental, pour tenir compte des réalités et
accompagner l’édification de la Communauté qui a mis fin à l’ère coloniale, de Gaulle a répondu : « L’indépendance quand vous voudrez, l’autonomie, jamais. » Il connaissait son
monde. Vingt ans plus tard, en 1981, la France a franchi la ligne qui sépare l’ombre de la lumière. Césaire est nommé Chargé de mission à l’Elysée, avec le mandat de préparer l’indépendance des
DOM, au nom de la lutte contre le colonialisme. Cette fois c’est l’antillais qui s’est dérobé. Lui aussi, il connaissait son monde. En dépit de toutes ses contradictions et ses insuffisances, au
plan politique Césaire était un régulateur et un amer de référence. Il est mort ; nous errons dans le brouillard et l’incertitude. Il avait bien vu que le changement voulu par les nouveaux
révolutionnaires de 1981, était une rupture cardinale dont les conséquences n’avaient pas été mesurées. D’abord, il y a eu les nationalisations des moyens de production, qui ont vite mis le pays en
faillite. La monnaie a été dévaluée six fois en quatre ans. Puis on les a privatisés en bradant le patrimoine devenu public, à sa valeur comptable sensiblement vidée. A qui ? A la finance
mondiale, fonds de pension, hedge funds et autres placements à risques en quête de plus values faciles. Le faux pas a été réparé, mais il a coûté cher, ce qui n’empêche pas de dénoncer avec vigueur
et conviction le capitalisme qui nous a sorti du trou. Reste le constat dramatique de la fortune qui n’est pas à nous et qui éclaire le cri « Guadeloupe c’é pas ta yo ! » Ensuite, il
y a eu le droit à la différence qui n’est qu’une violence faite aux créoles. A rebours de la démarche multiséculaire, si haut qu’il soit parvenu par l’élévation de l’esprit, le savoir et son
utilité sociale, il n’est jamais que ce que sa gueule désigne. Dorénavant, la différence fait l’homme et comme je l’avais écrit, - c’est un greffon venu de Maghreb qui a été enté sur l’arbre
républicain, dans une perspective de conquête et de domination. Il fallait à l’époque s’approprier quelques morceaux de l’Empire ottoman en faillite. L’antienne n’est plus guère utilisée, remplacée
par l’exaltation de la diversité, du métissage, qui procède de la même veine. Les créoles en sont blessés pour la même raison. Les milieux africains en sont satisfaits, par la logique
d’ethnicisation de la société que le vocable véhicule, qui a le mérite de tourner la page de l’histoire, pour fermer le chapitre de la colonie et de la traite. Mais sans l’esclavage, il n’y a pas
d’Abolition, ni de conscience partagée, ni de citoyenneté. Il ne resterait plus que les tatouages et les scarifications pour faire d’identité. Vu des îles, c’est un retour à Gorée. Cependant depuis
l’élection de Barak Obama, des personnalités d’origine africaine revendiquent simplement « la France mon pays,» rejoignant ainsi les créoles, pour enterrer les stigmates de la différence
supposée entre les hommes. Comme vous le savez, la diversité sépare le Bantoustan et l’Afrique du Sud, du Dixieland et l’Amérique. Elle ne rachète pas le fondement raciste qui unit la ségrégation
de celle-ci et l’apartheid de celle-là. Elle s’oppose à la fraternité chrétienne comme à l’égalité républicaine. Le thème avait été abordé dans les années 90, lors des manifestations en faveur de
la déclaration de l’esclavage comme crime de l’humanité. L’Assemblée générale de L’ONU a voté la motion en 1991, approuvée par presque le monde entier. L’Angleterre l’a adoptée trois mois après.
L’Amérique dans les six mois. La France a refusé, jugeant la question dépassée. Les créoles étaient embarrassés par ce réveil d’un passé enterré. Mais l’insistance de la France à tourner la page, a
vite réveillé les vieilles blessures et les réclamations ont commencé, excitées par autant de refus. En 1996 l’Assemblée Nationale a voté la Déclaration. Le Sénat a refusé. Il a fallu attendre 2001
pour qu’elle soit adoptée sur l’insistance de Christiane Taubira. Le mal était fait. Les petites bêtises font les grandes tragédies rappelant aux pauvres bougres que sur le fond rien n’a changé
depuis Napoléon.
Voilà qu’arrive Obama. La tentation féodale Ensuite encore, il y a eu la Décentralisation en attrape-nigaud qui déclare que « les collectivités locales s’administrent librement,…. » ce
qui signifie qu’il n’y a plus d’Etat, il n’y a plus d’être collectif France ; il n’y a plus de Cité à gérer, il n’y a plus de Politique. Nous revoilà dans les temps antiques. Mais le texte
ajoute sérieusement «…. dans le cadre des lois qui les règlement. » La contradiction se mord la queue : ou les collectivités sont libres et il n’y a pas de règle à leur
opposer ; ou il y a des règles, et elles ne sont pas libres. Là dessous se cache un gros mensonge : au bénéfice des mandats multiples et par l’instrument des partis dominants à leur
discrétion, ce sont les élus locaux qui décident de la règle nationale, en veillant bien à ce qu’elle ne dérange pas l’intérêt local de leur convenance. Résultat, il n’y a plus de norme nationale,
plus de hiérarchie de valeurs ; l’exception vient avant la règle dans une démarche sur mesure, où le particulier vient avant le général, l’Ile de France avant la France. D’exceptions en
dérogations, jamais il n’y a eu autant de lois ; jamais d’une telle longueur, inapplicables avant que d’être votées. Pourtant 80 % des normes concernant ce pays viennent de Bruxelles où elles
ne sont guère discutées, sans que personne n’en soit gêné. En conséquence, dorénavant la loi emprunte au décret pour enfiler les cas particuliers comme des perles. Avec conviction, il faut
une loi pour traiter des chiens qui divaguent en ville et qui mordent ! Inutile d’insister. Cependant les nouvelles d’Amérique ont révélé qu’en dépit du racisme ouvert, de la ségrégation
officielle, des déchaînements de violence, des noirs ont pu accéder à des fonctions élevées dans l’entreprise, dans l’administration, et institutions politiques : Conseillers, Maires,
Gouverneurs, Parlementaires jusqu’au Président. Il n’y a rien de tel en France. Depuis la fin du gaullisme, la ségrégation y est étanche en raison de règles non écrites, mais féroces. Ce sont
les maires encore et l’instrument des partis qui filtrent la dynamique sociale. Pour la préparation des élections, les listes doivent être représentatives pour espérer la victoire. Par prétérition,
la présence de l’étranger est posée comme pénalisante. « Il n’est pas de chez nous, » surtout s’il est différent. Ainsi le racisme est incrémenté dans le système, surtout depuis que les
collectivités s’administrent librement. Il n’y a ni contre pouvoir, ni régulation. Notre amie George Pau-Langevin a galéré on ne peut plus, avant de trouver l’embellie qui l’a faite Député. A
Créteil, le Général Billotte a transformé la ville. A son départ la communauté antillaise a fait élire le Maire Cathala. Il l’a honorée ; elle est restée fidèle à sa personne bien plus qu’à
son parti socialiste, au bénéfice d’une gestion apaisée. A Sarcelles, la communauté a fait élire le Maire Strauss Kahn. Il ne lui a guère manifesté de considération ; la ville est promise à
encore bien des turbulences. Dans les DOM la situation n’est pas plus claire et les non-dits sont aussi prégnants en raison du poids de l’histoire. Il n’y a pas de place pour les Békés dans la
sphère publique. Il n’y en a guère pour les immigrés différents eux aussi, tels que les libanais, les indiens a fortiori les métropolitains. Cela n’empêche pas de discourir, à cheval sur les grands
principes. Le bourgeois gentilhomme Les Antilles interviennent comme le miroir grossissant des singularités de la Métropole comme une caricature. Il est naturel dès lors, que la rupture de 1981 qui
a chamboulé les institutions, y ait trouvé les échos les plus contestables. En particulier les mandats multiples : passer de Charenton ou d’Issy-les- Moulineaux à l’hémicycle des deux Chambres
ne change guère les apparences. Il en va différemment de Dax ou Carcassonne, au prix de quelques affèteries autour de la légitimité, on peut tromper son monde. En revanche, il n’est pas
satisfaisant que le Parlementaire soit à 8000 Kms dans son île, quand il est attendu dans l’hémicycle, alors que la souveraineté nationale appartient au peuple français dans son ensemble, et
qu’elle l’emporte sur toute autre considération. Il n’est pas satisfaisant non plus que l’exécutif local, soit à Paris, alors que l’urgence exige sa présence sur place, pour satisfaire à l’attente
de la population en difficulté. En outre, inévitablement il est condamné à se montrer infidèle aux mandats qu’il assume au service d’intérêts contradictoires. Dans ce contexte, le bien commun qui
exprime l’intérêt général se trouve sacrifié. Pour nos petites îles où tout le monde se connaît par voisinage ou par cousinage, l’impertinence de la formule est reconnue comme une évidence. Mais le
ressort de l’affaire tient à une dérive féodale qui dénature la politique et gangrène la société. M. le Maire de Nice s’enorgueillit de neuf mandats directs ; celui de Dunkerque prospère sur
un matelas de présidences incertaines. Outre mer la pratique est respectée autant que possible. Pour faire bonne mesure, chaque Département est affligé d’une Région et d’un Conseil Economique et
Social. Imaginer deux collectivités de plein exercice, s’administrant librement sur le même territoire, pour la même population, condamnées à s’opposer pour exister, pour les 32 communes de la
Martinique ! La réponse en créole est donnée par les deux crabes mâles dans le même trou. L’alibi serait qu’il y aurait une Chambre basse et une Chambre haute pour faire œuvre politique
souveraine. Mais il s’agit de simple administration, c’est dire de l’exécution d’affaires dont la maîtrise est ailleurs. Gaston Defferre avait déclaré : « Une fois que les français auront
goûté à la Décentralisation, il sera impossible de revenir en arrière ! » Car il s’agissait de distribuer privilèges et prébendes pour implanter des féodalités.
Pour les Antilles c’est affaire d’élégance : il est inconcevable que dans la course à la dignité, les DOM ne soient pas alignés sur la France. Pourtant rien, ni dans l’histoire, la géographie,
les tropismes divers, la logique institutionnelle, l’efficacité administrative, les contraintes de l’économie, l’exigence de la citoyenneté, l’évolution du monde, - j’ose l’écrire, - absolument
rien, ne saurait justifier l’invention d’un échelon régional de plein exercice en plus du Département dans l’architecture de notre démocratie républicaine, à la fois singulière et exemplaire. Elle
est trop loin du terrain pour avoir une utilité administrative et sociale à l’intérieur ; trop près de Paris et des frontières pour ne pas affaiblir la France dans la compétition extérieure.
Aujourd’hui les messages qui parviennent des DOM en ébullition, font écho de l’appel des notables en faveur du maintien de la Région en plus du Département, dans l’espoir d’assurer la pérennité du
sandwich qui enferme la population aux abois. Le souci est que la grève générale épargne les droits acquis. Dans ces poussières d’île où la Région ne correspond à aucune réalité, ni ne répond à
aucun besoin, l’astuce a été de trouver dans la même population, deux électorats différents pour alourdir la pyramide et renforcer la construction féodale sur des postures contradictoires.
L’Angleterre est une île disait Siegfried ; elle est unique. L’Amérique est un continent qui par nécessité s’est organisé en Fédération. Mais l’ensemble est en voie d’unification, par la
montée irrépressible du pouvoir fédéral. L’Allemagne est le pays où l’on parle l’allemand, dénominateur commun d’un peuple dispersé : « Deuschland ». Une fois unies les 250
principautés de l’époque par Bismark, l’ensemble a mis deux fois la planète à feu et à sang. En 1945 les américains ont brisé l’unité, pour imposer un système fédéral sur le modèle de leur
Constitution. Les allemands vaincus, ont eu le génie de tisser à l’intérieur du système imposé, un réseau administratif inspiré des institutions françaises, pour renforcer la primauté de l’Etat
fédéral : un corps préfectoral sans uniforme dans les Betzirk et dans les Kreis, plus puissant que le vrai, a préservé l’unité de la RFA. (Les Regierung betzirk president et les Regierung kreis
direktor ) Mieux encore, après la chute du Mur, il a permis le miracle de la Réunification en douceur. Aujourd’hui, des voix réclament des assouplissements pour soulager la charge des Lander
handicapés de l’Est, qui pèse sur ceux de l’Ouest, - comme en France décentralisée. Dans ce pays, l’Etat ayant disparu du paysage, le corps préfectoral a été sacrifié. Invité à ne pas se manifester
au dehors dans le jeu social, pour laisser la place aux élus, il s’est évaporé en dedans, dans la gestion administrative régulée de Paris. Pourtant, l’heure est à la mondialisation ; la crise
économique redistribue les cartes en bouleversant les équilibres. L’Amérique se tourne vers le Pacifique où se joue son avenir, auprès de la Chine son créancier, du Japon son partenaire, de l’Inde
qui émerge. Au bout de l’Atlantique, l’Europe se cherche entre la Russie au Nord et la Méditerranée au Sud. L’urgence est de rassembler pour être fort. Mais en France l’obsession est de diviser
pour faire vivre quoi qu’il en coûte, un maximum d’entités territoriales distributrices de privilèges en apanage, et d’établissements divers pourvoyeurs de prébendes. Dans les Dom où plus
qu’ailleurs, les inconvénients l’emportent sur les avantages par la force des choses, la préoccupation est de prolonger cette absurdité d’un autre âge qui dénature l’œuvre politique. L’obsession
est à la préservation du présent. Dans cet esprit, il faut s’accrocher au terrain et ne pas prendre le risque de bien faire, pour éviter de s’exposer. La prégnance du passé Le PLK de la Guadeloupe
est le maître du jeu dans l’ensemble des DOM, pour s’être emparé sans combat du terrain abandonné par les notables. A l’ombre de Delgrès, il module la température, « sur l’air de la mort
plutôt que la servitude. » Tout le monde est aux abris, laissant en confrontation la rue et le Président de la République. A l’impatience des uns, s’ajoute l’inquiétude des autres,
suggérant : « qu’est ce qu’il attend Sarkosy, pour accorder ce qu’ils demandent, afin qu’on en finisse. » Personne ne s’exprime sur le problème. Nous sommes tombés au degré zéro de
la politique ; la lumière des DOM ne fait qu’éclairer le spectacle de la France. Pour les uns et les autres, la question est comment avons-nous pu en arriver là ? Il faut considérer le
sillage que nous avons laissé derrière nous et qui explique notre situation présente. D’abord les békés : ils ne méritent ni l’excès d’honneur, ni toutes les indignités qui leur sont
attribuées aujourd’hui. Comme les créoles, ils sont prisonniers de l’histoire. Au 12ème siècle Marco Polo avait vu en Crète les champs de canne à sucre exploités par des esclaves venus d’Afrique. A
leur tour les békés ont exploité l’esclave pour faire la colonie, prenant leur part à la malédiction du sucre. Il s’agissait de créer des richesses pour eux mêmes et pour la France. Il leur était
interdit de faire commerce avec d’autres pays. Puis les ports d’arrivée se sont équipés pour transformer la matière première achetée sur le marché mondial au meilleur prix pour pressurer les îles.
Dans le mouvement l’industrie chimique a fabriqué des colorants qui ont replacé les productions végétales des coloies, roucou, indigo, campêche. Progressivement la mécanisation a développé en
France la betterave a sucre qui a déclassé la canne d’outre-mer. Le XXème siècle n’a connu que crises et misère. En 1936 les accords Flandrin-Marchandeau ont imposé le mélange des deux sucres pour
réguler les surplus, sur un marché rétréci. La banane s’est développée à partir de 1950, pour l’exportation de produits de qualité. Mais d’autres pays ont suivi et la banane-dollar a introduit une
concurrence déloyale. Comme le marché national était démuni, le salut a été recherché vers l’Europe. Pour la Politique agricole commune, les partenaires souhaitaient une aide à la personne, dans
l’intention de ne pas bouleverser les équilibres traditionnels. La France l’a emporté en faveur d’une aide au produit qui a eu les conséquences que l’on sait : la production intensive
favorisée par les engrais et les pesticides, des stocks en excédent, la désertification rurale. La banane des îles a bénéficié de cette manne, confortée par un marché réservataire, aux frontières
protégées pour peu de temps encore. Des producteurs créoles ont pu émerger aux côtés des békés, dans ce secteur éminemment fragile. Quant au rhum, la concurrence est vive ; les producteurs ont
su préserver leur part de marché en se positionnant sur les titrages élevés, à 45 ou 50 degrés et plus, sur un marché étroit, tandis que les américains ont imposé la norme de 37,5 degrés pour une
production massive. Pour ces raisons, au fil des temps, le champ d’activité traditionnel des Békés tourné vers l’extérieur, n’a cessé de se réduire. En contre partie, ils ont investi le domaine de
la finance et du commerce fermé sur l’intérieur, provoquant un gradient de pression qui a pesé sur la dynamique sociale. Mais pour la grande distribution, ils sont minoritaires derrière des
capitaux métropolitains, désincarnés naturellement. Il n’y a pas de problème interpersonnel avec les békés : l’instruction ayant façonné les consciences, libre à eux de ne pas se mélanger, sur
la limite qui se dessine déjà à Saint Barth et à Maurice. Il y faut du sang neuf. Durant la Guerre ils étaient Vichystes et les nègres sont partis en dissidence avec le fils du Gouverneur, pour
rejoindre l’Amérique puis la France Libre. Les îles isolées ont connu la misère totale aggravée par la présence à Fort de France des marins de la flotte désarmée. On est allé à pied dans les champs
chercher une nourriture improbable. D’autres ont osé aller sur la mer hostile pour pêcher le poisson. Pour les créoles, la Départementalisation a achevé l’Abolition. Le règlement des comptes En
revanche, le grand reproche à faire aux békés et qui n’est jamais exprimé, s’applique à la lutte qu’ils ont toujours menée avec acharnement, pour empêcher l’émergence d’une bourgeoisie créole dans
le secteur de l’économie, et de l’entreprise en particulier. La pression sociale a poussé les descendants des esclaves vers l’acquisition des connaissances. Le savoir leur a ouvert la porte de la
Fonction publique et des professions libérales. Dans le mouvement, ils ont investi le secteur public, les fonctions électives et la politique dans ce qu’elle a d’ostentatoire. Mais par un accord
informulé, ils se sont toujours tenus à l’écart de l’entreprise, désertant le front où se joue leur avenir. Les quelques audacieux qui s’y sont risqués ont été lourdement châtiés et promptement
éliminés. Les exemples son connus et bien des fantômes hantent les archives du défunt Crédit Martiniquais. Les créoles et leurs élites ont toujours laissé faire sans réagir, allant parfois jusqu’à
la satisfaction perverse, de voir sanctionner l’ambitieux qui se serait aventuré en dehors des clous pour perturber l’ordre établi. Pour la première fois les insurgés de la Guadeloupe semblent
vouloir faire bouger la ligne, au risque faire chavirer le navire. Ils pratiquent le double langage avec les clins d’œil convenus, réclamant d’un coté l’argent, de l’autre l’indépendance. La
courtoisie raisonnable s’exprime en français : la menace et la violence absurde parlent créole. Il est bien connu que les îles ne produisent pas le tiers de ce qu’elles consomment, qu’elles
n’ont pas la taille pour exister collectivement, qu’elles sont à bout. Qu’importe, il y a toujours quelque chose à prendre, car le présent est insupportable dans ces communautés éclatées.
En marge de la propriété du sol et du capital, la diffusion des savoirs a organisé la société en structures hiérarchisées. L’instruction, ou plus simplement le bac, fait le citoyen, par les
perspectives d’élévation qu’il promet. C’est pourquoi, en pleine grève générale, la priorité est de continuer l’enseignement du programme. Mais il n’est rien prévu pour ceux qui ne décrochent pas
le bac. Ils sont condamnés aux petits boulots, aux salaires en dessous du SMIC national pour les plus chanceux ; à couler, ou à partir pour les autres. Au fil des années s’est accumulée une
masse de plus en plus nombreuse de gens de plus en plus jeunes, de moins en moins formés, en situation de plus en plus précaire. Ils ont perdu et n’ont pas d’avenir. Et ces touristes qui viennent
étaler leurs richesses….. A côté s’est formée la classe des gagnants, qui ont trouvé à se caser dans la fonction publique. La politique sociale a tendu à les faire nombreux, pour favoriser
l’émergence d’une classe moyenne éduquée, afin d’équilibrer les forces de l’argent, - sans parler d’une satisfaction de dignité. Mais la tradition historique les a fait héritiers de
l’administration coloniale, dont elle a maintenu les avantages, au nom de la morale et de la justice, dans des conditions de moins en moins justifiées. Ils vont du sursalaire, au congé bonifié, à
la gratuité des voyages et à la retraite améliorée, sans compter la garantie de l’emploi et autres avantages de commodité. Progressivement il s’est produit un double écart, qui a fait monter la
pression et faussé les perspectives. D’abord dans les DOM, le fonctionnaire est un aristocrate par rapport au reste. Ensuite, à fonction égale il est privilégié par rapport à ce qu’il serait s’il
servait en Métropole. Résultat, nombre de ceux qui sont partis aimeraient bien revenir. En attendant, ils imposent à leurs collègues en Métropole, la contrainte du respect des droits acquis dans ce
qui n’est plus la colonie. Ils ne sont guère appréciés dans les services, et le racisme n’y est pour rien. En outre, bien des métropolitains voudraient finir leur carrière au soleil pour les fins
de mois et pour la retraite. En face, ceux des îles forment le carré pour protéger la forteresse assiégée. Ils se font transparents pour se fondre dans le paysage, serviles au regard des notables
pour persévérer dans l’être. Ces derniers se voient ainsi rehaussés dans leurs prérogatives, confortés dans leurs privilèges. Dans ce contexte le respect de la loi, la qualité du service, l’intérêt
général, participent des ensembles flous. Les procédures sont parfois pittoresques et le Préfet se tait. Il n’y a rien de paradoxal à ce que dans la grève générale qui paralyse les îles, les
fonctionnaires fournissent les bataillons qui assurent l’encadrement. Les dégâts causés par les jeunes desperados ne peuvent que servir la cause. Le reste de la population est prié d’applaudir. Le
Politique à contre emploi C’est pourquoi la politique n’a pas eu de prise sur l’économie. Le discours ne concerne pas la production des richesses, mais la satisfaction des personnes. Le Ministre de
l’Outre Mer ne dispose pas de budget pour action ; mais il s’agite par omission, pour régler l’air du temps faute d’avoir prise sur les évènements. Dans les DOM la posture obligée invite à
« aller au Ministère, » pour chercher auprès du énième sous-chef du énième bureau, la réponse à un problème qui, pour n’avoir pas été posé sur place, n’a pas trouvé de solution. Le voyage
fait l’homme, mais condamne le système en suspension entre deux contradictions : d’une part il alimente la pulsion autonomiste voire indépendantiste qui, pour des raisons d’efficacité et des
motifs de satisfaction, aspire à voir traiter sur place le problème local, par une décision locale, ajustée à la problématique locale.
D’autre part l’impossibilité de disposer sur place de la ressource locale correspondant à la dépense locale, encore moins à l’ambition qui nourrit l’oeuvre politique. Qui paie décide ;
qui donne contrôle, là est la question. Le colloque de 2001 était consacré à la réforme des institutions des DOM. Mais il a évité d’aborder les sujets trop éclairants ; les questions qui
faisaient problème ont été évacuées. Pour l’amélioration de l’efficacité de l’action politique, l’idée avait été émise de la transformation du Ministère de la rue Oudinot ou de sa suppression. La
réponse sous tendait le sort à réserver au Préfet qui ne porte pas seulement la parole de la Métropole, mais celle de la France toute entière DOM compris, en charge du bien commun. A raison de la
géographie, l’évidence impose de renforcer l’autorité du Préfet, afin de moduler sur place l’action publique en fonction des contraintes particulières du milieu. Il y a une transaction à opérer
entre des intérêts antagonistes, le souhaitable de la demande locale, le possible de la ressource disponible et l’exigence de l’intérêt général. Il revient au Préfet de traduire en patois local,
les lois qui procèdent de l’unité et de l’égalité, au nom de la République. Mais ce serait contrevenir à la sacro sainte Décentralisation qui a donné à chaque élu en sa personne, une parcelle
divise de la souveraineté nationale. La courtoisie et les bonnes manières n’ont pas permis au colloque de développer directement, à l’endroit, la description de nos lacunes et de nos
manquements ; tôt ou tard leurs conséquences ne manqueraient d’émerger à l’actualité. Les débats savants inspirés et convaincus ont tendu à les contourner à l’envers, pour les évacuer dans une
ambiance de gratification. Nous y voilà ! Au premier chef la gestion de l’espace et la politique du logement. Chamoiseau a eu le prix Goncourt pour sa description du bidonville de Texaco. Il
n’empêche que la suppression des « 50 pas géométriques » par souci d’humanité sans autre considération, a été une faute politique ; elle a légitimé les autres bidonvilles qui ont
suivi, créant pour la Martinique une situation irréversible. La démarche en la matière touche à l’anarchie par la multiplication des lotissements divers, au hasard de la tenure des terres, sans
autre souci d’urbanisme, d’infrastructure, de développement économique, d’environnement ou de simple promotion sociale. En maints endroits l’espace est saturé ; il ne reste plus de place pour
l’implantation de moyens de production, qu’il s’agisse d’agriculture, d’élevage, d’industrie ou de services. L’assainissement n’a pas suivi ; la pollution est partout. Hommage soit rendu à
Saint-Barthélémy qui n’a pas d’eau. Elle a installé une centrale d’incinération des déchets ménagers de haute performance, qui lui permet de distiller l’eau de mer pour les besoins de la
population. La Martinique détient le record de contentieux successoraux, en raison du climat qui règne en la matière. Vingt ou trente ans ne suffisent pas aux hommes de lois pour régler un
héritage. Dans les Etudes de Métropole, les Notaires rechignent à traiter la demande de leurs clients, ayant droit d’une indivision ouverte aux Antilles. Il serait malséant de chercher une
explication. Quelques expatriés investissent leur épargne modeste dans un petit appartement au soleil, en attendant les vieux jours, dans le rêve de pouvoir revenir au pays - si Dieu
veut ! Pour rembourser l’emprunt, ils en confient la gestion à une Agence immobilière locale. Fort souvent le locataire ne paie pas ; l’agence se tait. Il leur est impossible d’obtenir
justice ; car sur place, il est de bon ton de se tenir la main, pour préserver la règle locale, le non-dit, contradictoire de notre droit. – Cé pa ta yo ! Le mirage du statut Le Colloque
de 2001 était consacré à la préparation du referendum sur la réforme du statut des Dom. Peu avant, à la suite de la mort du Préfet Erignac, les Corses avaient été consultés sur la même idée, afin
de cerner la vérité des indépendantistes. Le projet de réforme a été soumis à leur réflexion. Ils ont répondu Non, dans la volonté de préserver leur situation au sein de la République. A
l’initiative du Sénateur Virapoullié, la Réunion a fait savoir qu’elle n’était pas concernée. Aux Antilles les notables étaient si excités, qu’ils n’ont pas pris la peine de demander le contenu de
la réforme proposée. Entre le Roi et le Peuple, accroître la liberté de la dépense publique sur la promesse du scrutin à la proportionnelle, suffisait à leurs ambitions. A les entendre, passer du
statut de DOM à celui de TOM aurait permis de développer une action économique en vue du développement. Il n’y a jamais eu une seule initiative politique en ce domaine, qui ait été contrariée par
le statut actuel. A moins de confondre dépense de fonctionnement et dépense d’investissement. L’argument tendait à assurer les relations dans la zone caraïbe, au premier chef avec Puerto-Rico,
oubliant qu’elle est colonie américaine. Surtout pas Haïti. Lors de la liquidation de la Compagnie Générale Transatlantique si présente à notre mémoire, il y a eu des grèves de protestation. Le
gros de l’actif a été repris par le groupement libanais des frères Saadé avec l’appui de la France. Ils ont constitué la CGM, devenu l’un des premiers armements du monde pour sa flotte de porte
conteneurs. Dans les îles quelques velléités sont apparues, tendant à en préserver un morceau de la Transat, en vue de couvrir l’espace caraïbe, élargi au Nord et au Sud, dans l’espoir de retrouver
la vocation d’antan. Aucune voix politique ne s’est fait entendre, et Paris n’a pas accordé ce qui ne lui a pas été demandé.
La vie s’allonge. Le troisième âge devient encombrant ; pour la plupart la solitude est le lot commun. Après réflexion il est apparu qu’il coûte moins cher, qu’il est mieux traité, plus
satisfait, s’il est hébergé à la campagne plutôt qu’à la ville. La ville de Paris a entrepris de créer des établissements d’accueil dans le Massif Central. L’expérience pratique a révélé que la
bonne formule est à chercher dans des établissements de 100 à 120 lits, seuil qui offre les meilleures conditions d’accueil, d’animation, de soins et de prestations diverses, pour l’agrément comme
pour la bonne fin du séjour. Nombre de vieux isolés ont pu quitter leur appartement devenu inconfortable, pour un meilleur environnement. En contre partie ils ont libéré le logement HLM qu’ils
occupaient depuis des décennies, au bénéfice de résidents plus jeunes en âge de travailler. Le bilan est gagnant/gagnant, d’autant plus qu’il est fait appel aux capitaux privés. Des initiatives ont
été lancées en direction des Antilles pour promouvoir ce progrès, avec l’apport des financements nécessaires. Ils pourraient accueillir les vieux retraités créoles de France, isolés dans les
banlieues. Leur départ aurait profité aux plus jeunes. Le marché serait ouvert aux métropolitains désireux de profiter du soleil et de la nature, consommateurs de prestations élaborées pour les
soins médicaux, infirmiers, massage, laboratoire d’analyse, animation et autres. La couverture sociale garantirait la solvabilité de cette clientèle particulière, qui ne manquerait pas d’attirer la
visite de la famille incitée au tourisme. Autre avantage, les promoteurs ne recherchaient pas la plage, mais la verdure, la beauté du paysage suffisant à la satisfaction de la clientèle. Les
responsables politiques ont refusé l’offre. Le motif allégué tenait à ce que le choix avait été fait en faveur des maisons de retraites dites « familiales, » d’une dizaine de lits,
assurant une activité personnelle à l’exploitant agréé par la puissance publique, - l’élu maître des lieux. Une fois encore l’organe a créé la fonction et les DOM ont perdu sur tous les tableaux.
Pour ces raisons l’inquiétude règne et le pessimisme gagne. La crise appelle les mesures d’urgence. Mais la sagesse exige le calme pour la réflexion. La révolte du LKP a le mérite de présenter le
miroir qui incite chacun à choisir son genre de beauté. Mais elle avance aussi la calculette pour obliger à faire l’addition. Malheureusement nous ne sommes pas beaux à voir à la suite des
mutilations que nous avons subies. Nous en sommes largement responsables par notre propre impéritie. Il faut augmenter la production sous toutes ses formes ; malheureusement l’espace est obéré
par l’anarchie des constructions invasives. Il faut diminuer la dépense de fonctionnement ; malheureusement les institutions sont dénaturées par l’effervescence de structures proliférantes
sans objet. Il faut affirmer l’identité pour unifier la société éclatée et retrouver la solidarité gage de l’égalité. Malheureusement les tabous et les non-dits incitent à la division, à la
poursuite d’un rêve de dignité attachée à l’individu solitaire, qui détourne de la valorisation de la personne dans la société qui l’identifie. Il faut investir pour combler les handicaps et
préparer l’avenir. Malheureusement, par le pouvoir d’achat nous voulons consommer pour jouir du présent et cicatriser la blessure du passé. Il faut accepter la souffrance pour prix du dépassement,
comme Césaire le faisait dire au Roi Christophe. Mais le créole d’en haut ne peut pas le dire au créole d’en bas, qu’il a laissé pour compte, pour prix du masque blanc. A bon droit nous sommes plus
français que français ; mais en la matière, on ne peut impunément refuser le réel : il faut traduire le français en créole, pour trouver l’harmonie qui va marier le pouvoir et le contre
pouvoir, la dépense et son contrôle, la procédure et la transparence. Nous en sommes loin. Il faut trouver la recette qui va ajuster le moyen à la fin, assujettir l’organe à la fonction ;
assurer respect de l’égalité et promotion de la liberté qui nourrit la dynamique sociale. Dans cette perspective, au plan politique il est nécessaire de rapprocher la décision du terrain, par une
transaction locale entre l’élu et le Préfet, tous deux confortés. Encore une fois nous en sommes loin. Au plan économique, il convient de retrouver l’unité de l’action qui mobilise les énergies au
service du bien commun. La solidarité est la condition de la prospérité. Nous en sommes toujours loin. La route sera longue
« « « « « « « « « « « « « « « « « « SAINT-PRIX Léon 19 rue Jouy 75 004 Paris Paris le 13 Novembre 2 001 A
Maître Yvon THIANT Président de la FADOM 75 016 Paris Monsieur le Président et cher Ami Vous avez bien voulu me convier à un colloque organisé par la FADOM 16 novembre prochain qui aura pour thème
: « L'Evolution institutionnelle et statutaire dans les DOM. » J'ai l'honneur de vous confirmer que qu'il ne me sera pas possible d'être à vos côtés à cette occasion et je vous prie de
m'en excuser. Des obligations familiales impérieuses m'appelant en province ces jours prochains, je ne serai pas à Paris. Croyez bien que je me sens fort honoré que vous ayez pensé à moi et même
flatté de votre insistance, qui me fait regretter par avance de manquer cet événement. Mais je suis assuré qu'il ne manquera pas d'intervenants de grande qualité pour développer toutes ces
questions dont l'importance et la gravité n'échappent à personne. Vous m'avez demandé une contribution que je suis incapable de rédiger en raison de ce que il n'y a aucun document préparatoire à
notre disposition, qui aurait pu nourrir la réflexion dans la perspective de cette importante manifestation. Bien entendu chacun a des idées sur la question des institutions en vigueur dans nos
îles, et sur les améliorations qui pourraient y être apportées. Mais il ne serait pas raisonnable de discourir en aveugle sur ces thèmes, sans avoir cadré ce qui est en cause exactement et qui
devrait être démontré.
Néanmoins, il y a lieu de considérer que les arguments des uns et des autres, les thèmes et les positions de principe, sont à peu près connus, eu égard aux circonstances et laissent peu de place à
la nouveauté, encore moins à la surprise. C'est pourquoi je ne peux évoquer que quelques points singuliers qui, de manière cardinale, commandent l'architecture générale d'un système corrélé comme
nos institutions, où tous les facteurs sont interdépendants. Tout ce que je peux faire, c'est essayer d'énoncer quelques repères pour ordonner la réflexion. Il m'est arrivé de parcourir divers
documents élaborés à ce sujet dont le contenu devrait se retrouver à l'occasion des débats. Je ne saurais y souscrire en l'état, et j'aurais mauvaise grâce à tenir des propos dissonants, à l'heure
où le rassemblement dans l'union semble nécessaire. Sans faire à l'avance de procès en sorcellerie, il est à craindre que les questions qui seront évoquées sans avoir été débattues, dans un cénacle
relevé mais distancié, n'ont pas été préparées à la hauteur de leurs enjeux. Mais au contraire qu'elles aient été ajustées entre gens de bonne compagnie, ce qui dans la circonstance ouvrirait la
porte à la facilité du double langage. Le peuple antillais et la société civile comme l'on dit aujourd'hui, risquent d'être tenus en lisière dans cet exercice. Peut être aurait-il fallu consulter
la base, c'est à dire les entreprises, les syndicats, la fédération patronale, les compagnies consulaires, pour faire le tour de ce dont on parle en vue d'engager la communauté dans son ensemble,
et non pas chercher à convaincre quelques "élites", pour intéressées qu'elles soient. C'est peut être là le principal échec de Césaire. Au delà de nos origines afro européo chrétiennes, nous sommes
un peuple de l'eau et de l'arbre, ce qui nous prédispose à l'ouverture, la tolérance, la nuance, la retenue, la considération de l'Autre, la conscience du temps et de la continuité des générations
etc… Nous adoptons au contraire, la posture des peuples sans eau et sans arbres, qui fonctionnent en démarche binaire égocentrique, dans la certitude, la démesure, sans réserve, sans nuance, ami ou
ennemi, moi d'abord, moi tout seul, vrai ou faux, noir ou blanc etc…. moi le caïd qui règne sur les Dieux, les hommes et les bêtes. L'insularité n'explique pas tout. Aux termes de tous les propos
que j'ai entendus, j'ai cru comprendre que la collectivité devra définir la politique culturelle …. et tout le reste. La culture n'a pas à être définie, sauf pour Staline qui imposait sa musique à
Chostakovitch, - sauf le docteur Goebbels, - sauf l'Afganistan….. Ce qui me gène dans notre démarche habituelle, c'est d'abord ce souci d'ignorer les réalités. Nous ne produisons pas ce que nous
consommons, loin s'en faut. Nous n'avons pas les moyens de notre discours. Donc nous ne pouvons pas décider, comme nous feignons de le croire. De telle sorte que la sagesse commanderait plutôt de
chercher à séduire ceux qui payent ou les abuser, le temps d'avoir les moyens de nos prétentions. C'est ce que font les japonais et tous les asiatiques. Il faut donc focaliser sur la production
afin de l'amener à la hauteur de nos besoins. Là dessus il n'y a rien qui nous soit parvenu. Ensuite, c'est ce travers très français-de-gauche de mettre la charrue avant les bœufs, le sous-ensemble
avant l'ensemble, l'organe avant la fonction. Face à un problème on ne cherche pas la réponse, mais de suite, on crée une structure qui va chercher la solution. Une fois la structure annoncée on
commence à manger les résultats de la solution qui n'a pas encore été trouvée. Tout est dans le verbe. Ce qui conduit à la question redoutable de savoir s'il faut changer le statut et conserver les
structures et les fonctions telles que nous les connaissons. Par ailleurs, le changement de statut est posé généralement en préalable à une politique de développement. Mais, y-a-t-il jamais eu une
initiative de développement qui ait été prise par les politiques chez nous et qui aurait été empêchée par le statut ? Aussi loin que remonte la mémoire, aucune. Pourtant c'est la fonction qui crée
l'organe. En revanche je parie qu'il y aurait eu nombre d'initiatives lancées par les entreprises, permises par le statut, mais qui ont été anéanties par les politiques. Il vaut mieux ne pas
insister. Je ne méconnais point pour autant les inconvénients des rigidités du statut actuel, où les actions sont déterminées sur le modèle de la métropole, dès lors que c'est la métropole qui
paie. Mais nous avons assurément des marges pour adapter ce qui est adaptable selon les réalités locales, dans une perspective de développement. Ou encore, pour promouvoir l'investissement à long
terme, voire l'accumulation de capital fixe et les équipements, dans l'espoir de retombées pour nos enfants. Mais nous ne faisons rien, ou si peu. La Réunion a depuis longtemps pris le virage de la
production d’énergie par la géothermie et le solaire. N’ayant même pas conscience des enjeux, nous en sommes à la préhistoire. Par exemple, pour l'éducation et tout ce qui relève de l'Etat, les
préférences personnelles et subjectives l'emportent sur toute autre considération. Enseigner l'informatique ou le créole, où est la priorité ? Chut ! Est-ce que le changement de statut va nous
permettre de régler les problèmes posés par le sursalaire des fonctionnaires. Si c'est oui, les plus lucides seront d'accord ; mais généralement on évite d'en parler. Pourtant si nous n'arrivons
pas à une solution avant, comment pourrons nous la trouver après. Ah les droits acquis ! A propos, acquis par qui, sur qui ?
Ensuite encore, chaque fois que la question est abordée, la réforme souhaitée se présente comme un catalogue de vœux pieux sur des points de détails, sans avoir présenté l'architecture de
l'ensemble, ni affirmé les principes qui le sous tendent - Le beurre, l'argent et le sourire, - ce n'est pas un système de pensée, sauf dans les contes de fée. S'il s'agit d'indépendance, -
pourquoi pas, - il faut l'affirmer, en payer le prix et l'assumer. S'il s'agit d'autonomie, il faudrait dire par rapport à quoi, en remplir les conditions, en positif et en négatif, en passif et en
actif. Plus grave, dans notre discours, nous sommes accoutumés à des pétitions de principes qui se suivent de manière onirique sur un mode lyrique, sans que soient évoqués, ni le contenu, ni les
moyens d'y parvenir. L'incantation n'a rien à voir en l'affaire. Au cours des quelques contacts que j'ai pu avoir, j'ai entendu des propositions diverses qui feraient sourire les membres de la CCI
de la Martinique. Il serait prévu la capacité d'élaborer un Plan économique et social, mais rien sur le plan, son opportunité, son contenu, son orientation, ses objectifs, ses moyens, ses
équilibres, sur les clients, les marchés extérieurs à l'heure de l'Europe et de l'OMC. Nous n'arrivons même pas à dialoguer avec les Békés, c'est dire ! Puisque c'est eux qui assurent la cuisine et
la cambuse, - horresco referens,- peut être va-t-on leur demander de préparer le plan. Mais il est à craindre que l'on ne leur ait même pas demandé leur avis sur le statut. Il serait question aussi
d'ingéniérie financière pour l'investissement, sans dire qui l'exercera, puisque ce n'est pas l'affaire des élus, à l'intention de qui en dehors de l'épargne locale ? - Elle est placée ailleurs,
merci pour elle. Ce serait plutôt pour les capitaux étrangers que l'on va attirer, - mais l'on se plaît à annoncer de nouvelles taxes sur les mouvements de capitaux ! A moins qu'il ne s'agisse de
fonds publics français ; le désastre du Crédit martiniquais ayant laissé des traces, il faudrait peut être ouvrir un crédit au budget de la nation ! ….. Il serait encore question de fonds
d'investissement, de fonds de garantie, mais notre budget étant en déficit lourd, sans parler de la dette, on ne voit pas bien d'où viendrait l'argent. Ou encore, d'influer sur les taux d'intérêt,
cela se décide à Francfort, - de financement des entreprises, c'est l'affaire des banques, - OMC et Europe obligent. Je ne voudrais pas être désobligeant et je ne connais pas le détail de ce qui se
prépare. En revanche il serait évoqué inévitablement une organisation des pouvoirs publics sur mesure, - l'exemple de la Corse aidant. Là dessus, on ne s'attend pas à des surprises. Il y faudrait
plus de modestie et aussi un effort de clarté. Il ne saurait être question de pouvoir législatif, la loi d'application générale, est l'apanage de l'Etat, - ou d'un Etat. A titre illustratif, il est
automatiquement avancé des domaines dont il y aurait avantage à ce qu'ils soient affectés à la compétence "législative" exercée localement. Il y a cinquante ans que j'entends cela, pour mon modeste
cas personnel. Outre le fait que ces normes ne sont pas à notre portée locale, Dieu nous garde d'avoir à les appliquer, en en assumer les conséquences et en supporter les coûts. - A moins de sous
entendre pour chacune de ces compétences, je décide sans payer et le contribuable paye sans regarder, - (l'autre). Nous ne sommes pas crédibles sur ce créneau et il y a longtemps que cela dure. Le
Ying positif c'est pour moi, le yang négatif,… il n'y a pas de négatif ! Ce n'est pas très réaliste ni très sage, à moins que quelques uns n'aient des assurances sur un "processus de Matignon"
appliqué aux DOM. Alors, le vrai problème pour nous sera de savoir comment imposer au peuple, les réductions sévères de niveau de vie qui résulteront à terme, de l'ajustement par la force de notre
consommation à notre production. Sans parler de l'exercice de ces compétences ainsi «délocalisées». Il vaudrait mieux en discuter avant. Franchement, tout ceci n'est pas nouveau. Depuis toutes ces
années, il n'a pas encore été abordé le point de savoir de manière précise, quelle novation serait attendue concrètement sur les points considérés, des réformes annoncées de manière récurrente.
Personne n'a pu dire encore ce qui serait mieux fait à coût constant, par rapport à aujourd'hui, sur l'Education, le Logement, l'Agriculture, l'Equipement, la Mer etc ? Bien entendu, c'est loin
d'être parfait, mais le problème est ailleurs. Pense-t-on que nous aurions à nous seuls, plus d'argent, plus de savoir faire, plus d'autorité, de police administrative, de cohérence, de continuité,
de crédibilité, que ce qui existe ? En toute hypothèse, ce sont les électeurs martiniquais intéressés qui se dépêcheraient de mettre à la raison nos réformateurs imprudents, les syndicats, les
fonctionnaires, les enseignants les agriculteurs etc…et la rue. A-t-on réfléchi à ce que la régulation des mouvements sociaux ne fera plus de place aux subtilités actuelles, où nos élites
responsables sont aux abonnés absents, quand le peuple est dans la rue, sur les routes, sur les lieux de travail, pour exprimer sa colère ? Que dire du tourisme après le coup du Club Med, des
petits de la canne et de la banane ? Cependant, il serait prévu une Assemblée locale de plusieurs dizaines de membres, sans dire l'essentiel : mandat unique ou mandat multiple ? - A plein temps ou
à temps partiel en fonction des sessions ? C'est le cœur du sujet. Les compétences recouvrent des responsabilités qui ne peuvent être exercées que par le titulaire soi même, et non par un sous
fifre choisi pour son innocuité de peur qu'il ne lui vienne des idées. La Politique ne peut pas être une profession en France, encore moins à la Martinique. C'est une fonction déléguée par le
peuple ; elle est donc transitoire et conditionnelle par nature. Il revient aux politiques de décider, pas de gérer. Il y a des exécutants pour cela. Ils fixent les règles de la circulation, mais
ils ne vont pas aux carrefours pour les appliquer. Pour nos petits bouts d'îles de 350 000, à 400 000 habitants ; il suffirait de 20 à 30 membres ; lesquels seraient titulaires d'un mandat unique,
à temps partiel, bien entendu. Ainsi il n'y aurait pas de caïds, mais les conditions de la démocratie. Les titulaires seraient motivés par la fonction. Le moment venu, ils seraient désireux de
s'arrêter à cause du poids des contraintes, après un ou deux mandats. Ce qui permettrait de faire respirer la vie politique, par le renouvellement des membres, favoriser la dynamique sociale,
élever la conscience collective. Ces titulaires ne seraient pas des professionnels ayant la prétention d'être omniscients. Ils seraient plutôt des capteurs, à l'écoute du peuple dans tous ses
compartiments, puisqu'ils seraient obligés de consulter les responsables informés et intéressés, pour tous les problèmes à résoudre. Il ne leur resterait plus qu'à faire la synthèse, arbitrer les
urgences par des transactions entre le souhaitable et le possible, le présent et le futur. En démocratie, le pouvoir est en bas. Le bruit court qu'il serait prévu en outre un Conseil exécutif.
Personnellement, je ne comprends pas ce que cela veut dire, car l'exécutif est responsable, donc unique. Je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner, à moins qu'il ne s'agisse de l'exemple des
peuples du désert, où les caïds sous la tente se mettent d'accord pour monter un coup. Quant à l'Assemblée Consultative, délégataire d'un pouvoir de représentation du peuple, en concurrence avec
l'autre Assemblée, pour 400 000 habitants, dans une miette d'île, je ne sais quoi dire. La démocratie fonctionne par la consultation du peuple. Cela signifierait-il que ceux de l'Assemblée
responsable ne seraient pas représentatifs parce que sous informés, et que l'Assemblée consultative serait informée, mais irresponsable ! A moins que dans notre communauté antillaise, on espère
trouver quelqu'un qui se reconnaisse moins savant qu'un autre, au point d'avoir besoin de le consulter. Cette perle reste toujours à trouver. Ou encore, à moins de trouver des braves gens qui
parleraient au nom des Compagnies consulaires et des producteurs de biens et de services, sans pour autant les engager, dans l'illusion de faire taire les vrais, pour écouter les faux, ….sans les
entendre.
Assurément cela ferait quelques prébendes. A propos, quel serait leur statut ? Franchement je ne comprends pas. Dans un pareil contexte, le mode de scrutin à la proportionnelle coule de
source, en confirmation de ce que c'est bien une affaire de caïds qui auraient à se partager le bout de gras, par des appareils sensés encadrer le peuple mineur. La proportionnelle me fera toujours
hurler. Il ne s'agit pas de représenter exactement la composition de l'opinion du peuple passif et soumis dans un instant donné, mais bien de savoir qui va gouverner la communauté adulte, pendant
un laps temps institué. C'est l'un ou c'est l'autre, il n'y a pas de second. La règle démocratique veut une élection au suffrage universel direct ; le champion gouverne et il est responsable dans
la clarté. Il réussit, il a droit à une partie gratuite. Il échoue, il est renvoyé à ses métiers, s'il en a un, - sans se cacher derrière l'appareil d'un parti. En revanche, il faudrait réserver la
présidence des organes de contrôle de l'exécution des décisions et du budget, à un membre de l'opposition, soit par un texte exprès, soit par une règle de morale et de déontologie. C'est essentiel
comme contre pouvoir, pour éviter le système incestueux et maffieux que l'on connaît chez nous, autant et plus qu’en France Il semble qu'il s'agirait de députés territoriaux. Que deviendraient les
nationaux ? On n'ose penser que ce serait les mêmes, un coup à Paris, un coup au soleil et le reste en avion. A moins qu'il n'y ait un abus de langage, tout cela ressemble à une pétition
d'indépendance qui ne dit pas son nom. Mais la réponse est à chercher dans les mécanismes du budget Dans les Ressources, les recettes propres Région et Département confondues, interviennent pour à
peu près le quart des besoins. Nous sommes loin du compte. Dans les Emplois, il n'est jamais indiqué si les dépenses seront plafonnées, ou actualisées chaque année, - ni comment, ni pourquoi, ni à
quelles conditions. Il n'est jamais abordé non plus, l'hypothèse où l'évolution de la part de l'Etat dans nos recettes et nos dépenses, ne suive pas celle de nos besoins. Peut être faudra-t-il
chercher la différence sur place, - par addition dans les recettes, ou soustraction dans les dépenses. Peut être est il espéré un transfert des dépenses de l'Etat assorti des recettes
correspondantes, sans savoir les modalités, les conditions, les sanctions, ni mêmes les lois de l'actualisation indispensable. Il est naturel, il est sain, que si l'Etat vient à transférer des
crédits et les prérogatives qui y sont attachées, c'est pour en tirer un avantage en économie, en bonne gestion, en efficacité et en résultat. La promotion de notre dignité passerait alors par un
engagement de responsabilité en forme de nœud coulant. Il faudrait le dire et s'y préparer. Il y a des secteurs qu'il y aura toujours du mal à évoquer. Par exemple, il n'est rien dit de la dette,
ce qui incite à penser qu'elle est virtuelle. Comment va-t-on rembourser et emprunter de nouveau pour investir, sans la couverture de l'Etat? Il faut rappeler qu'il y a un système de cotation qui
est appliqué aussi aux collectivités, dont les résultats déterminent les conditions de prêts. Il n'est rien dit non plus des comptes sociaux, ce qui incite à penser qu'ils sont sans importance, et
que les organismes paritaires n'ont rien à dire. Sans oublier que notre pratique de la gestion des deniers publics et des marchés publics ne devrait pas inspirer la confiance. Il y a un paradoxe
qui mérite réflexion, selon lequel l'Etat, c'est à dire le contribuable-électeur, aurait moins d'autorité puisque nos affaires ne le regarderaient pas, mais plus d'engagements puisqu'il faudra bien
payer. C'est probablement sur ce point que l'Etat attend de nous, une transition vers l'âge adulte. Tout apprentissage est une souffrance dit Michel SERRES. Il faudrait se donner l'organisation et
les moyens correspondants. Mais là, nous entrons dans le monde du silence. Nous serions plus crédibles si nous faisions une analyse de l'existant, comme je vous l'ai écrit maintes fois déjà, pour
voir ce qui va et qu'il faut préserver, et ce qui ne va pas et qu'il faut changer. Si dans ce contexte renouvelé il faut conserver le MEDETOM, ou non, ou l'améliorer, sur quoi ? Il faudrait un
instrument d'analyse économique financière et comptable pour évaluer ce dont on parle. Mais la vérité est dangereuse à manier. Il faudrait essayer de ne pas avoir les yeux plus grands que le
ventre, ni parler plus haut que nature, surtout quand on atteint ce degré de dépendance, pour la production des richesses et la consommation générale. Comme beaucoup de gens, je militerais pour une
Assemblée unique, à effectifs plus réduits, assortis de mandats uniques, limités à une ou deux magistratures. Même R. Giulani le Maire de New York, - excusez du peu, - a du se retirer après deux
mandats. C'est dire la distance qui nous sépare de la modernité ! Pour une déconcentration réelle : le Préfet étant sur place doit représenter la France dans l'île, au lieu d'inviter les îliens à
voyager en continu pour représenter leur île à Paris, autour de leur problème personnel. Il serait un levier à l'égard du pouvoir central. Il est douteux que cela arrange tout le monde. Le Préfet
interviendrait comme garant de la sécurité de nos décisions à l'égard des investisseurs, comme régulateur de nos invraisemblables querelles de caïds de villages. Sans oublier sa fonction de
paratonnerre comme bouc émissaire. Quand l'un a trop servi on en prend un autre. Plus il y aura d'affaires relevant de la compétence de l'Etat, gérées sur place, plus nous serons à même d'en
contrôler l'exercice, d'en mesurer les contours, d'en évaluer les enjeux et les limites, d'apprendre, d'apprendre, pour nous purger la tête, acquérir des réflexes sociaux, affiner nos
comportements, pour mieux dialoguer avec Paris et avec les autres. Mais le pouvoir appelle le contre pouvoir ; le crédit ne va pas sans le contrôle. Il faut donc muscler le Préfet afin qu’il
puisse mieux « traduire la Loi en patois local. » Pour une réduction des coûts de fonctionnement, drastique. Pour une mobilisation des acteurs de production, pour que Politique et
Economie marchent en harmonie, Consulaires, Patrons, Syndicats, Entreprises, Fonction publique….
Pour une enveloppe globale de crédits permettant une action responsable engageant le long terme, à charge pour l'Assemblée d'en assurer l'affectation, si ses membres en ont le courage, comme
apprentissage à la responsabilité. N'ayons pas d'illusion : La France devra connaître un retour à l'affirmation de la loi, à la sacralisation de la dépense publique, à la transparence des
procédures de gestion, aux mandats uniques, quelle que soit l'issue des élections à venir. Il ne faut pas rêver. Le cas de la Corse est à méditer : l'écrasante majorité des corses ne veut pas de
l'indépendance. Une majorité potentielle des français serait pour l'indépendance,…. Dans l’espoir de ne plus payer…. Comme vous le savez, je suis le premier à contester le statut actuel, et le plus
sévère à le critiquer. Mais le statut actuel nous va comme un gant. Pour soigner nos infirmités, ce n'est pas le gant qu'il faut retailler, c'est la main qu'il habille. Voici venue l'heure de
trouver les chemins de la sagesse.
Préfet Léon Saint-Prix